You did it ! 37 000…

37 000 chaussures pour les enfants d'éthiopie

37 000 chaussures pour les enfants d'Éthiopie

En effet, 37 000 ils l’ont fait…

Depuis 2006, une maison de parfums des plus renommées propose une offre de création de parfums sur mesure.
C’est conforme à son histoire car cette maison a déjà fait du sur mesure par le passé, à ses (presque) débuts en particulier et c’est quelque chose d’assez remarquable, propre à faire rêver toutes et tous les passionnés de parfums.

Mais…

Selon la co-créatrice de ces parfums deux ou trois essais sont rapidement proposés,  le temps de développement est  assez court, mais il faut environ 9 mois pour la livraison. Le plus long étant selon elle le test toxicologique, présenté comme « indispensable pour  garantir la parfaite innocuité du parfum ».

Evidemment, je ne peux m’empêcher de me dire que vu ce qu’ils mettent dans leurs parfums je ne suis pas étonné qu’il faille des tests toxicologiques pour limiter les risques d’une trop flagrante toxicité, même si je garde de gros doutes sur la garantie de « parfaite innocuité ». Mais disons-le, puisque cette noble créatrice n’a pas osé le dénoncer, c’est aussi pour satisfaire aux pesanteurs bureaucratiques, dont les tristes recommandations de ces messieurs « prochimiorientés »© de l’IFRA qui semblent plus volontiers interdire des produits naturels connus et utilisés de façon séculaire, que des molécules chimiques sur lesquelles nous n’avons souvent que très peu, voir aucun recul.

(Voir par exemple : http://poivrebleu.com/tag/mousse-de-chene/, heureusement qu’au moins une bonne maison de matières premières naturelles semble dans ce cas précis avoir trouvé une parade Mousse de chêne et arbre « IFRA »)

A mon avis, si on avait pas cherché à parfumer les gens à coup de molécules douteuses dans le seul but de gagner toujours plus d’argent au lieu de continuer à utiliser des extraits de plantes aux propriétés déjà éprouvées depuis des siècles. On en serait pas à faire des tests toxicologiques durant des mois et des reformulations sans âmes sur décision de bureaucrates pour lesquels la matière (même naturelle)  utilisée au moment de sa création est brutalement devenue dangereuse ! Si c’était cancérigène ou je ne sais quoi d’autre évidemment… Mais que trois pékins se grattent un peu et même si la plupart des gens n’y sont pas sensibles on supprimera la mousse de chêne quitte à causer la perte d’un pan entier de la parfumerie qui dépendait de cette matière historique et essentielle !

Bref, revenons-en au sujet premier, cette offre de création sur mesure.

Il paraît qu’après le test toxicologique (N.B.: Si votre parfum rate son test vous attendez 9 mois de plus !(?) :D)

Je disais donc après ça, ils vous livrent « deux litres de parfum dans des flacons sublimes… » évidemment , libre à vous de baptiser cette création comme bon vous semble et la formule vous appartient à vie. (Et après ?)

Le prix à partir de 37 0000 euros… (soit pour mieux se représenter ça : 555 € les 30mL, 1850€ les 100mL etc…)

Bon, à ce prix là on espère qu’ils assurent et que vous ne serez pas lassé de votre parfum au bout de quelques mois vu que… 2 litres quand même !

Bon d’accord, j’appuie là ou ça fait mal en faisant le parallèle entre 37 000 € pour un parfum et 37 000 chaussures pour des enfants éthiopiens…

Je peux accepter l’idée qu’une œuvre d’art puisse voir son prix librement fixé, mais j’ai du mal à comprendre comment on peut en arriver à faire passer des parfums composés en (très) grande partie par des matières synthétiques sans noblesse pour des œuvres d’art emblématiques du luxe à la française.

Fussent-ils produits sous un grand nom et vendus à un prix indécent, il semble indéniable que le fondateur de la société qui produit ces parfums doit se retourner dans sa tombe tant ils ne respectent pas sa recommandation originelle !
Lui qui disait :

« Faites de bons produits, ne cédez jamais sur la qualité. »

Paix à votre âme Monsieur G., vous qui avez fait rêver tant de gens et  fait étinceler tant d’yeux, puisse la société que vous avez fondée retrouver un jour la notion de ce qui fait la qualité véritable.

37 000 € ça permet en principe largement de faire 2 litres d’un beau parfum en utilisant uniquement les matières premières les plus nobles, l’argument financier ne tient pas pour justifier le recours à la chimie dans un tel cas  !

Naturel et synthèse.

Différences d’essences, essence des différences,  et différences des sens…

Il est vrai que les matières naturelles sont toujours plus ou moins déjà des mélanges naturels complexes de molécules aromatiques.
Le nez habitué à travailler avec des molécules isolées, séparées des autres, le plus souvent synthétisées, aura donc probablement l’impression d’essayer de formuler avec des moufles ou des gants de boxe ! Le résultat d’un mélange de deux mélanges est évidemment plus imprévisible que le mélange de deux matières simples. Même dans sa structure, son évolution dans le temps à l’évaporation, plus il y aura de molécules plus ce sera complexe, plus on sera susceptible d’avoir de grosses différences entre l’odeur sentie après quelques secondes, minutes, dizaines de minutes ou heures…

Quand on lit les récits d’un nez professionnel on envie parfois la clarté fidèle des matières de synthèse. En même temps connaissant la chimie et la physique des molécules aromatiques, je suis trop prudent à l’égard de dame chimie pour accepter de lui confier ma peau. Elle me paraît trop dangereuse, trop extraterrestre. Sachant qu’aucune molécule aromatique volatile n’est sans effet (bon ou mauvais) sur celui qui l’inhale ou la porte sur sa peau, je n’ai pas confiance en ces molécules inventées de toutes pièces, à priori inconnues sur terre avant leur synthèse, qui vont au delà de la simple reproduction d’une chose naturelle.

Et puis c’est peut-être en grande partie parce que je travaille 5 à 7 jours sur 7 dans un air saturé d’un inévitable mélange de molécules odorantes naturelles (que d’ailleurs à force je ne sens plus) mais depuis que j’exerce ce métier, le synthétique me saute au nez d’une façon difficilement supportable dès que je le croise.

Finalement entre les moments de découragement et de frustration qu’il peut y avoir à jouer les funambules aveugles avec ces matières naturelles, je trouve des joies à découvrir souvent un peu à tâtons, des assemblages harmonieux et stables offerts par dame Nature. Et dans le défi de cette limitation aux matières naturelles il y a tellement d’inspirations et de surprises à (re)découvrir que personnellement je vais continuer à refuser la claire liberté chimique…
Je parlais de la complexité des évolutions d’un parfum naturel. Au lieu de tête, cœur et fond, on se retrouve un peu avec : première impression, visage, tête, poitrine, cœur, ventre, fond et grand fond… C’est parfois un peu plus compliqué à harmoniser mais finalement, c’est bien plus riche également.
L’avantage majeur est que la chose est moins monotone. Même si ce n’est pas la réalité d’un parfum synthétique, imaginons le cas théorique d’un parfum fait de molécules qui auraient toutes des volatilités similaires. Il sentirait presque exactement pareil du début à la fin, imaginez la tristesse de cette forme olfactive qui serait comme immobile. De plus, il faut aussi penser que le nez est un remarquable organe adaptatif/soustractif. Un nez qui sent exactement le même mélange de molécules ne le sentira que quelques heures, à la première utilisation… quelques minutes après quelques dizaines d’applications, et quelques secondes après plusieurs centaines d’applications !

Du coup, le parfum « plat » qui sent toujours pareil, quand on l’aura utilisé quelques temps on ne le sentira plus du tout au delà du moment de son application. En revanche, quand les proportions des molécules évoluent significativement dans le temps, le nez ne les soustrait plus de l’odeur de l’environnement, on les sent successivement et la forme du parfum peut être perçue dans toute la richesse de ses évolutions.

Il faut donc que la forme du parfum (naturel ou pas) évolue dans le temps, comme le naturel manie obligatoirement plus de molécules, il y a inévitablement plus de mouvement dans sa forme, il est ainsi plus intéressant. Tous les nez professionnels ou amateurs un peu expérimentés semblent d’ailleurs s’accorder sur un point, une matière naturelle ajoutée dans une composition synthétique donne tout de suite plus de richesse, de relief et de complexité à l’ensemble.

Au final, hors de question de renoncer au parfum naturel « à l’ancienne », pour moi le seul qui soit source de rêve, de plaisir olfactif et romantique.
Le seul aussi qui soit à mon avis digne de confiance !