Naturel et synthèse.

Différences d’essences, essence des différences,  et différences des sens…

Il est vrai que les matières naturelles sont toujours plus ou moins déjà des mélanges naturels complexes de molécules aromatiques.
Le nez habitué à travailler avec des molécules isolées, séparées des autres, le plus souvent synthétisées, aura donc probablement l’impression d’essayer de formuler avec des moufles ou des gants de boxe ! Le résultat d’un mélange de deux mélanges est évidemment plus imprévisible que le mélange de deux matières simples. Même dans sa structure, son évolution dans le temps à l’évaporation, plus il y aura de molécules plus ce sera complexe, plus on sera susceptible d’avoir de grosses différences entre l’odeur sentie après quelques secondes, minutes, dizaines de minutes ou heures…

Quand on lit les récits d’un nez professionnel on envie parfois la clarté fidèle des matières de synthèse. En même temps connaissant la chimie et la physique des molécules aromatiques, je suis trop prudent à l’égard de dame chimie pour accepter de lui confier ma peau. Elle me paraît trop dangereuse, trop extraterrestre. Sachant qu’aucune molécule aromatique volatile n’est sans effet (bon ou mauvais) sur celui qui l’inhale ou la porte sur sa peau, je n’ai pas confiance en ces molécules inventées de toutes pièces, à priori inconnues sur terre avant leur synthèse, qui vont au delà de la simple reproduction d’une chose naturelle.

Et puis c’est peut-être en grande partie parce que je travaille 5 à 7 jours sur 7 dans un air saturé d’un inévitable mélange de molécules odorantes naturelles (que d’ailleurs à force je ne sens plus) mais depuis que j’exerce ce métier, le synthétique me saute au nez d’une façon difficilement supportable dès que je le croise.

Finalement entre les moments de découragement et de frustration qu’il peut y avoir à jouer les funambules aveugles avec ces matières naturelles, je trouve des joies à découvrir souvent un peu à tâtons, des assemblages harmonieux et stables offerts par dame Nature. Et dans le défi de cette limitation aux matières naturelles il y a tellement d’inspirations et de surprises à (re)découvrir que personnellement je vais continuer à refuser la claire liberté chimique…
Je parlais de la complexité des évolutions d’un parfum naturel. Au lieu de tête, cœur et fond, on se retrouve un peu avec : première impression, visage, tête, poitrine, cœur, ventre, fond et grand fond… C’est parfois un peu plus compliqué à harmoniser mais finalement, c’est bien plus riche également.
L’avantage majeur est que la chose est moins monotone. Même si ce n’est pas la réalité d’un parfum synthétique, imaginons le cas théorique d’un parfum fait de molécules qui auraient toutes des volatilités similaires. Il sentirait presque exactement pareil du début à la fin, imaginez la tristesse de cette forme olfactive qui serait comme immobile. De plus, il faut aussi penser que le nez est un remarquable organe adaptatif/soustractif. Un nez qui sent exactement le même mélange de molécules ne le sentira que quelques heures, à la première utilisation… quelques minutes après quelques dizaines d’applications, et quelques secondes après plusieurs centaines d’applications !

Du coup, le parfum « plat » qui sent toujours pareil, quand on l’aura utilisé quelques temps on ne le sentira plus du tout au delà du moment de son application. En revanche, quand les proportions des molécules évoluent significativement dans le temps, le nez ne les soustrait plus de l’odeur de l’environnement, on les sent successivement et la forme du parfum peut être perçue dans toute la richesse de ses évolutions.

Il faut donc que la forme du parfum (naturel ou pas) évolue dans le temps, comme le naturel manie obligatoirement plus de molécules, il y a inévitablement plus de mouvement dans sa forme, il est ainsi plus intéressant. Tous les nez professionnels ou amateurs un peu expérimentés semblent d’ailleurs s’accorder sur un point, une matière naturelle ajoutée dans une composition synthétique donne tout de suite plus de richesse, de relief et de complexité à l’ensemble.

Au final, hors de question de renoncer au parfum naturel « à l’ancienne », pour moi le seul qui soit source de rêve, de plaisir olfactif et romantique.
Le seul aussi qui soit à mon avis digne de confiance !

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