Tête / cœur / fond

Et pourquoi pas : cheveux, front, yeux, nez \o/ , menton, cou etc… jusqu’à orteils puis fond et … fin fond ?

En fait, suite à un article d’Irène, nous en sommes venus à parler de la façon d’écrire les formules des parfums.

Je disais qu’en général en essaie de classer les ingrédients par leur ordre dans le déroulement des odeurs du parfum, de tête vers fond (logique quoi, du début à la fin…).
Il paraît que tous les professionnels font comme ça (enfin, « on dit que » mais ça reste à prouver). En tous cas ça aide à mieux visualiser son parfum, tant pour soi-même que pour ceux qui lisent la formule ensuite.

(Enfin si tant est qu’on veuille leur mâcher le travail car parfois au contraire, on ne veut même pas que l’assistant ou « préparateur » puisse réellement savoir ce qu’il fait, alors on découpe la formule en morceaux, on numérote, on désorganise puis on re-mélange à la fin les morceaux bizarres ainsi préparés par plusieurs personnes différentes et ainsi on obtient son parfum dans le secret souvent cher aux parfumeurs… Encore que de nos jours avec les techniques d’analyse moderne le secret soit devenu un peu relatif.)

Irène me répondait que maintenant elle était très ordonnée, classant même en tête/cœur/fond, comme c’est si souvent fait.

Mais c’est là que je me suis emballé.

Moi à vrai dire il m’arrive de me laisser emporter par les notes et accords et de remettre en ordre après coup !

D’autant que j’avoue ne pas toujours savoir d’avance quelle matière se sentira avant l’autre. A part peut-être des gens travaillant sans cesse sur chromatographes je ne pense pas qu’il y ait grand monde qui maîtrise parfaitement ça de tête.

Quand à la distinction tête/cœur/fond elle est souvent tellement arbitraire que je ne l’utilise qu’occasionnellement, surtout pour décrire un parfum, parfois pour le formuler dans ma tête mais jamais sur le papier ou l’ordinateur.

Un parfum pouvant ne jouer qu’un seul accord du début à la fin (enfin j’exagère un peu, surtout en naturel) avoir un déroulement à 2 accords, à 3 aussi mais parfois 4 ou 5 ou …plus. Quand on travail sur un parfum on perçoit généralement bien plus de trois étapes dans son évolution, en principe c’est plus une mélodie de quelques dizaines voire centaines de notes ou accords (chaque matière naturelle jouant plusieurs notes, ou accords à elle seule).

Selon le support utilisé (touche dite « mouillette », peau ou autre…) et les conditions du lieu ou l’on se trouve (la température surtout mais aussi l’humidité et même théoriquement la pression atmosphérique) le rythme varie, les notes se jouent chaque seconde ou minute, puis peu à peu le rythme se ralentit, les notes s’enchainent toutes les heures voire… les jours.

Du coup, je me représente plutôt des suites de notes (suites continues, sans chercher à tenir compte du rythme pour ma formule car sinon il faudrait jouer sur les hauteurs des lignes…) et j’essaie d’ordonner mes matières d’après ça, même si elles peuvent jouer des notes séparées par des notes jouées par d’autre matière…

J’espère que je ne vais pas finir par causer des migraines à certains et qu’il y en a qui arriveront à suivre ma laborieuse explication. Du coup voilà, pour ne pas saboter plus le blog j’arrête là mais c’est pour ça que cette distinction tête, cœur et fond, je ne l’utilise pas beaucoup pour mes parfums, ou alors au départ pour schématiser, pour le concept. Une fois devant les flacons c’est trop complexe pour ne couper le parfum qu’en 3… et puis d’ailleurs, pourquoi tenir à tout couper en morceaux finalement ? 😀

Le parfum aura-t-il votre peau ?

Qu’ils soient naturels ou synthétiques, le seul vrai danger des parfums (tant qu’on a pas la très mauvaise idée de les boire…) est la conséquence de leur mauvais usage c’est à dire leur utilisation régulière sur la peau !

Pourtant la croyance que c’est comme ça qu’il faut faire est répandue. Il faut dire qu’elle à été créée et entretenue soigneusement.

Ayant quelques années de métier, je me permets de penser que j’ai une certaine connaissance et une certaine expérience des effets biologiques des molécules aromatiques…

Ca n’oblige personne à lire (et encore moins à appliquer) mes conseils mais ça me donne de bonnes raisons d’émettre des avis dans ce domaine.

Je ne cherche pas à vous gâcher votre plaisir de vous parfumer, ni à nuire à la florissante industrie du parfum chimique que je méprise sans haine.
J’espère simplement vous aider à vous poser les bonnes questions et peut-être donner quelques éléments de réponse à ceux qui peinent à en trouver ailleurs.

Petit résumé de l’histoire des parfums

Au départ les parfums étaient des onguents magiques appliqués par les guérisseurs les sorciers ou les prêtres en de rares occasions rituelles dans le but d’avoir une action divinatoire ou enthéogène ainsi que parfois à des fins thérapeutiques…

Ensuite leur utilisation s’intensifia à des fins encore thérapeutiques en prévention des épidémies. C’est très connu durant les épidémies de peste et généralement dans les grandes épidémies, ces parfums protecteurs, étaient souvent utilisés sur un foulard ou une pièce d’étoffe réservée à cet effet, des gants ou divers objets à parfumer et à porter sur soi, plus rarement sur la peau, excepté quand les gens étaient déjà atteints par la maladie. On les utilisait aussi dans les maisons faire barrière aux maladies ou chasser les miasmes.

En ces temps plus ou moins lointains on savait encore ce qu’il y avait dans les parfums et ce sont généralement les gens chargés de soigner qui les formulaient !

Et maintenant, quelles conséquences ?

Je vous l’accorde, ça ne devait pas toujours sentir très bon, les odeurs étant assemblées pour leurs vertus, non pour créer des accords esthétiques.

De nos jours en revanche, les créateurs de parfums sont le plus souvent de « simples » chimistes n’ayant pas forcément de grandes connaissances du potentiel thérapeutique ou iatrogène des molécules aromatiques. Ils ont pour certain développé d’indéniables talents d’artistes mais… Ils jouent aux apprentis sorciers avec des molécules nouvelles dont on sait simplement qu’elles ont un potentiel intéressant du fait de leur odeur mais dont personne ne sait encore vraiment ce qu’elle peuvent faire sur un organisme vivant, surtout pas quand cet organisme est aussi complexe qu’un être humain sur lequel il est impensable de faire des tests de toutes les nouvelles molécules qui sentent bon. (Alors qu’il en faudrait sur deux ou trois générations pour bien faire !)

Les plantes ont généralement fait l’objet d’une utilisation depuis des millénaires et ainsi l’homme a pu empiriquement en découvrir une grande partie des effets bénéfiques ou délétères. Pour certaines plantes toutefois, on découvre encore des précautions à prendre, c’est dire le risque encouru quand les molécules utilisées étaient encore inconnues il y a quelques années seulement…

Ma conclusion ?

Sauf en de rares occasions il ne faudrait pas se parfumer directement sur la peau…

Je sais que pas mal de perfumistas vont ricaner en me prenant pour un imbécile mais je persiste à le dire et même à l’écrire en sachant que cette affirmation ne plaît pas et que ça peut sembler à certains une précaution excessive.

Mais au moins je l’aurais écrit, après, chacun en fera ce qu’il veut (peut-être rien d’ailleurs…) mais vous ne pourrez pas me reprocher d’avoir gardé le silence sur ce que je savais !

La peau des poignets qui sèche et/ou qui gratte un peu ce n’est pas trop grave (sauf qu’on risque de se sensibiliser de plus en plus et de ne vraiment plus rien supporter, peut-être même plus sur les vêtements…). En revanche que dire du travail que votre corps (le foie en particulier) fera pour éliminer certaines molécules ? Et des répercussions hormonales ou nerveuses que pourront avoir certaines molécules aromatiques que les parfums contiennent très souvent, comme les muscs artificiels dont certains sont déjà interdits pour toxicité finalement avérée tandis que d’autres restent autorisés mais plus ou moins suspects ?

Ces effets sur la santé, discrets à court terme (sauf pour les allergies) sont pourtant bien réels et préoccupants, la littérature médicale regorge d’exemples. (Pubmed est votre ami, si vous lisez l’anglais vous y trouverez vite des publications en rapport avec la toxicité de certaines substances et molécules à parfums.)

En fait même l’inhalation de certaines substances peut évidemment être dangereuse (certains parfums déclenchent de l’asthme chez les personnes sensibles pour l’exemple le plus connu) mais pour des molécules aromatiques le passage transcutané est excellent, il est généralement plus a craindre que l’inhalation des molécules qui seront diluées dans l’air.

Des solutions pour l’amateur de parfums ?

Vous voulez un parfum unique ? Si vous avez les moyens choisissez un parfum très rare ou sur-mesure… sinon acceptez l’idée que votre parfum ne sera pas plus unique sur votre peau que sur vos vêtements, c’est une habile astuce marketing que d’avoir fait croire le contraire :

D’abord parce que comme ça vous n’hésitez pas à acheter le même parfum que vos ami(e)s, ayant la certitude que de toutes façons vous ne sentirez pas vraiment comme eux/elles.

Ensuite parce que sur la peau on a besoin de beaucoup plus de parfum que sur les cheveux ou un vêtement pour le même résultat en terme d’intensité olfactive !

Evidemment il y a quelques variations de l’odeur suivant les peaux, c’est d’autant plus vrai pour certains parfums mais le phénomène est limité, une poignée de façons d’évoluer tout au plus, ça ne rendra pas du tout votre odeur unique si vous mettez sur votre peau une tonne du dernier truc à la mode.

En plus vous avez le même phénomène de variation de l’odeur suivant les cheveux ou selon la matière d’un vêtement… soie, coton, laine… tissage, épaisseur… alors pourquoi risquer sa santé ?   Parfumez vos cheveux et si vraiment vous voulez affiner, choisissez des vêtements qui portent bien tel ou tel parfum. Faites en l’essai, personne n’en parle jamais et pourtant ça joue aussi beaucoup…

Si vraiment vous tenez à faire un « test peau » je vous conseil de le faire sur la peau plus épaisse des bases de vos paumes de mains plutôt que sur la peau des poignets. Pour ma part c’est ce que je fais quand je mets du parfum sur ma peau afin de le tester.

Evidemment, vu ce que je viens de vous dire, je ne teste ainsi que ce dont je connais la composition exacte, le reste c’est pour les touches (les fameuses « mouillettes »), pour le chimique c’est comme ça, je suis courageux mais pas téméraire et sur le papier ça va aussi bien !

Pourquoi je teste quand même sur la peau les parfums naturels ? Justement, parce que comme je le disais plus haut, sur la peau le parfum se dissipe plus vite. Les molécules aromatiques passent dans les tissus profonds et le sang ou s’évaporent du fait que la peau est toujours plus chaude qu’un vêtement ou des cheveux.

Quel avantage pour tester ?   L’évolution d’une fragrance en est nettement accélérée et ça permet donc de voir évoluer plus vite la forme olfactive en vérifiant du même coup un peu plus tôt si la tenue est acceptable.

Et le plaisir du parfum sur la peau ?

A mon avis c’est à réserver aux grandes (et rares) occasions.
Pour ma part c’est exclusivement avec des parfums dont je sais que tous les ingrédients sont naturels sans ça gâcherait mon plaisir !

En plus dans les cheveux c’est presque pareil, non ?

Et comme toujours, ce qui est rare est d’autant plus apprécié, pensez-y 😉

Les parfums… c’est pas sorcier !(?)

Bonjour et puisqu’on dit qu’il est encore temps de le souhaiter tout le mois, Bonne Année 2011 !
Que votre santé soit bonne et vos vies pleines d’odeurs du monde, d’odeurs naturelles à aimer, loin des « sens bon » chimiques !

Je voulais vous faire partager une émission décrivant de façon aussi détaillée que simple tout le processus de fabrication d’un parfum, de la récolte des fleurs au produit fini prêt à vendre. (Bon ils ne détaillent pas trop les aspects synthèse des molécules issues des réacteurs chimiques, pas assez glamour peut-être ?)

C’est comme toujours très didactique, un brin mièvre aussi mais bon… à voir pour ceux que le sujet intéresse !
Edit 2014 : L’émission n’étant plus disponible en streaming avec les liens de l’époque, à vous de voir si vous la retrouvez sur la toile, sinon il faudra attendre une rediffusion…

C'est pas sorciers, les parfums