Testez votre nez !

C’est une expérience qui supposera d’observer un peu autour de vous (et selon les régions ce sera plu ou moins facile) pour trouver les plantes indiquées plus bas.

Une expérience assez suggestive du fait que l’on peut être plus ou moins anosmique à certaines odeurs et hypersosmique à d’autres et que de plus, une plante n’est pas aussi odorante selon le moment de la récolte (selon l’heure de la journée, la saison et la météo du jour), le terroir, et les particularités génétiques de la population végétale… Mais peu importe que vous sentiez précisément ce que je sens.

  1. Je ne sens rien
  2. Je sens une odeur
  3. Je peux dire que c’est pour moi une bonne ou une mauvaise odeur
  4. Je peux décrire ses facettes, des similitudes avec des odeurs connues…

Bien entendu, selon que vous arrêtez de répondre oui aux questions de 1 à 4 on pourra penser que votre nez est plus ou moins sensible (si ce n’est dans l’absolu, au moins à ces odeurs là) :

1 – très peu, 2 – peu, 3 – moyennement, 4 normalement sensible, voire un peu au dessus de la moyenne et au moins vous êtes assez attentif aux odeurs …

Bien que ces plantes puissent comme les autres être plus ou moins odorantes selon les lieux / climats / moment auxquels on les sent. Je vous suggère de faire ce test sur trois fleurs, quand vous en aurez (ou en créerez) l’occasion.

Pour moi ces trois fleurs sont généralement assez peu odorantes, je les classe de celle que je trouve la moins odorante à la plus odorante.

La première des trois, la saponaire est donc la meilleur pour faire ce test puisque moi-même, pour elle je peine certaines fois à répondre oui à la question n°4. Je vous conseil de couper la plante assez bas pour sentir les fleurs du haut sans sentir l’odeur de la tige coupée qui vous gênerait.

Les deux suivantes, Buddleia et Onagre, sont presque toujours assez odorantes, elles consoleront les hyposmiques qui devraient  au moins répondre oui aux questions 1 à 2, voire 3, les concernant.

Bon, pour compliquer un peu les choses il y a aussi des espèces apparentées plus ou moins odorantes et selon d’où vous me lisez, vous ne croiserez pas forcément tous les mêmes espèces… Tant pis, à moins de vous faire préparer une solution dilué d’un produit universellement répandu et homogène, ce test ne peut-être qu’approximatif. J’espère seulement que ce sera un efficace encouragement à sentir par vous-même.

Que ceux qui ont du mal à sentir ces fleurs ne pensent pas leur nez définitivement perdu. La plupart du temps il n’en est rien, le nez se développe en l’exerçant c’est un fait connu chez l’homme, surtout les parfumeurs… et démontré biologiquement chez les souris, j’en parlerai peut-être un peu plus un jour… Peut-être avez vous simplement perdu l’habitude de sentir, peut-être avez vous une congestion nasale passagère (allergie, rhume…) peut-être aussi prenez vous un médicament dont un effet secondaire est l’anosmie (généralement temporaire…).

Pas de panique !   Si l’appétit vient en mangeant, l’odorat vient en sentant !

Je vous suggère donc de chercher et sentir ces trois fleurs :
(Dont à ma connaissance, aucune n’est utilisée ni raisonnablement utilisable en parfumerie…)

photo de Saponaire

Photo de saponaire (Saponaria officinalis) par "TeunSpaans"

Photo de Buddleia

Photo de Buddleja davidii par "Drow_male"

photo d'Onagre

Photo de l'onagre (Oenothera biennis) par Georg Slickers

Ne souhaitant pas fausser votre expérience, je donne mes descriptions des trois odeurs en commentaire à ne pas lire (ou à oublier très vite) tant que vous n’aurez pas essayé de les sentir !

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En fleur (ons)

Vos commentaires encourageants de l’article sur l’enfleurage m’ont poussé à vous faire partager ça dès maintenant car c’était prévu de longue date mais là c’est le moment ou jamais pour que vous puissiez en profiter, c’est la saison, ça commence à fleurir !

Voici donc la petite présentation d’un arbuste en fleur en ce moment (dans ma région) et qui mérite un enfleurage !

L’Eleagnus

Comme vous l’avez déjà compris j’aime tout particulièrement cette plante (et son odeur).

Pour la plupart, vous avez dû en croiser souvent sans savoir ce que c’était et sans lui prêter une grande attention, peut-être même avez vous senti l’odeur puissante de ses fleurs sans les voir, peut-être même sans parvenir à dire de quelle plante des environs était sortie cette odeur… J’ai été dans ce cas également les premières fois ou j’ai senti cette odeur ! 🙂

Si je vous dit que c’est un arbuste (un peu) épineux servant à faire des haies sur lesquelles on ne voit généralement pas de fleurs ça ne semble pas très excitant…

Pourtant, cet arbuste très utilisé du fait de sa résistance (à presque tout), de sa vigueur et de la persistance de ses feuilles qui en font un incontournable des haies est aussi une plante remarquablement odorante au moment de la floraison.

En fait il a même encore des nombreux avantages.

Il est simple mais je le trouve beau, y compris dans sa version au feuillage panaché de jaune qui sait éviter de donner l’impression de plante en plastique qu’on a parfois avec les plantes ornementales à feuillage panaché.

Ses fruits sont comestibles, ce sont de petites baies allongées aussi discrètes que ses fleurs.

Photo d'un Eleagnus x ebbingei en fleur

Un Eleagnus x ebbingei en fleur (photo de Jean-Jacques MILAN)

Mais surtout, revenons-en à son odeur !

Les petites fleurs cachées à l’aisselle des feuilles ont l’originalité d’apparaître à la fin de l’été, dès mi août ou au début de septembre et jusqu’aux premiers froids d’octobre.
Elles sont assez coriaces, résistantes comme le reste de l’arbre, elle peuvent sentir pendant 48 h même posées au sec dans la maison, elle conviennent donc bien à l’enfleurage à froid ou elles n’ont pas tendance à moisir trop vite.

Elles diffusent généreusement un parfum puissant que je sens généralement à plusieurs mètres, je l’ai souvent senti en courant, parfois même en passant en voiture. J’ai même pu dans certains cas sentir un seul arbuste à près de vingt mètres !

Pour vous en décrire l’odeur, c’est un parfum floral discrètement épicé à elle seule !
J’y trouve un côté œillet bien prononcé avec quelque chose de plus tropical. L’élégance enivrante de certaines orchidées comme les Platanthera ou les Epipactis sans le fond vanillé.

J’ai perdu ma description (écrite je ne sais plus trop où le weekend dernier) et n’ai pas de fleurs sous la main, ni sous le nez du coup… mais je crois l’avoir assez bien en mémoire pour vous la décrire correctement.

Il y a en tête ce coté verdure presque animale que je trouve dans une jacinthe ou certains lilas, quelque chose qui tire discrètement vers une mousse terreuse ou un champignon. Mais c’est fugace et discret, on bascule très vite vers œillet et jasmin, pour affiner je dirais surtout les facettes ylang-ylang et clou de girofle de l’œillet puis du jasmin grandiflor avec son côté fleur du sud, chaude un peu fruitée et vaguement animale.

Au final c’est pour moi une des fleurs dont l’odeur est la plus magique, presque un parfum à elle seule, provocante mais pas trop, sirupeuse sans rien d’ écœurant ou de franchement sucré, épicée sans en gâcher le côté absolument floral, le côté frais  de mousse verte de champignon et les notes animales donnent de la profondeur sans lourdeur.

Et puis avec son bouquet de fleurs de jacinthe, ylang-ylang, œillet et jasmin, comment ne pas l’aimer ?

A moins que vous ne soyez absolument hostiles à l’œillet ou à ylang-ylang avec une pointe de clou de girofle je pense qu’elle est à chercher dans les haies environnantes si vous n’en avez pas au jardin et à faire absolument en enfleurage d’arrière saison !

(Ils en mettent très souvent dans les haies des lieux publics aussi, personne ne vous reprochera de leur voler une tasse de fleurs de-ci de-là… ;-))

Tête / cœur / fond

Et pourquoi pas : cheveux, front, yeux, nez \o/ , menton, cou etc… jusqu’à orteils puis fond et … fin fond ?

En fait, suite à un article d’Irène, nous en sommes venus à parler de la façon d’écrire les formules des parfums.

Je disais qu’en général en essaie de classer les ingrédients par leur ordre dans le déroulement des odeurs du parfum, de tête vers fond (logique quoi, du début à la fin…).
Il paraît que tous les professionnels font comme ça (enfin, « on dit que » mais ça reste à prouver). En tous cas ça aide à mieux visualiser son parfum, tant pour soi-même que pour ceux qui lisent la formule ensuite.

(Enfin si tant est qu’on veuille leur mâcher le travail car parfois au contraire, on ne veut même pas que l’assistant ou « préparateur » puisse réellement savoir ce qu’il fait, alors on découpe la formule en morceaux, on numérote, on désorganise puis on re-mélange à la fin les morceaux bizarres ainsi préparés par plusieurs personnes différentes et ainsi on obtient son parfum dans le secret souvent cher aux parfumeurs… Encore que de nos jours avec les techniques d’analyse moderne le secret soit devenu un peu relatif.)

Irène me répondait que maintenant elle était très ordonnée, classant même en tête/cœur/fond, comme c’est si souvent fait.

Mais c’est là que je me suis emballé.

Moi à vrai dire il m’arrive de me laisser emporter par les notes et accords et de remettre en ordre après coup !

D’autant que j’avoue ne pas toujours savoir d’avance quelle matière se sentira avant l’autre. A part peut-être des gens travaillant sans cesse sur chromatographes je ne pense pas qu’il y ait grand monde qui maîtrise parfaitement ça de tête.

Quand à la distinction tête/cœur/fond elle est souvent tellement arbitraire que je ne l’utilise qu’occasionnellement, surtout pour décrire un parfum, parfois pour le formuler dans ma tête mais jamais sur le papier ou l’ordinateur.

Un parfum pouvant ne jouer qu’un seul accord du début à la fin (enfin j’exagère un peu, surtout en naturel) avoir un déroulement à 2 accords, à 3 aussi mais parfois 4 ou 5 ou …plus. Quand on travail sur un parfum on perçoit généralement bien plus de trois étapes dans son évolution, en principe c’est plus une mélodie de quelques dizaines voire centaines de notes ou accords (chaque matière naturelle jouant plusieurs notes, ou accords à elle seule).

Selon le support utilisé (touche dite « mouillette », peau ou autre…) et les conditions du lieu ou l’on se trouve (la température surtout mais aussi l’humidité et même théoriquement la pression atmosphérique) le rythme varie, les notes se jouent chaque seconde ou minute, puis peu à peu le rythme se ralentit, les notes s’enchainent toutes les heures voire… les jours.

Du coup, je me représente plutôt des suites de notes (suites continues, sans chercher à tenir compte du rythme pour ma formule car sinon il faudrait jouer sur les hauteurs des lignes…) et j’essaie d’ordonner mes matières d’après ça, même si elles peuvent jouer des notes séparées par des notes jouées par d’autre matière…

J’espère que je ne vais pas finir par causer des migraines à certains et qu’il y en a qui arriveront à suivre ma laborieuse explication. Du coup voilà, pour ne pas saboter plus le blog j’arrête là mais c’est pour ça que cette distinction tête, cœur et fond, je ne l’utilise pas beaucoup pour mes parfums, ou alors au départ pour schématiser, pour le concept. Une fois devant les flacons c’est trop complexe pour ne couper le parfum qu’en 3… et puis d’ailleurs, pourquoi tenir à tout couper en morceaux finalement ? 😀

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