Sharif

Sharif, un parfum d’AbdesSalam Attar

Sharif

Sharif

Comme la plupart des orientaux il est présenté par son créateur comme unisexe et je dois dire d’emblée qu’ici nous avons été deux à l’apprécier !

Moi je le trouvais plutôt très masculin mais en l’imaginant sur une femme finalement… pourquoi pas.

Pour ce qui est du plan technique sur lequel j’ai également essayé de le jauger, il est très réussi, très bien construit, bien équilibré, il se déroule harmonieusement malgré de multiples effets et enfin, point chère au cœur de la plupart des perfumistas, il possède une bonne tenue.

En fait au premier abord j’ai été un peu effrayé par son côté très Cologne aromatique mais finalement… C’est un beau boisé oriental, très oriental et très boisé avec en cœur des notes florales discrètes derrière les bois, propres à plaire aux deux sexes.

En tête : (c’est là que j’ai eu le plus de mal à identifier les notes dans ce parfum)
Une/des notes hespéridées, peut-être du citron, peu-être un mélange, quelques herbes aromatiques également, un romarin sans doute car le départ est à mon nez très « cologne ». J’ai également l’impression d’y avoir senti un beau gingembre.

En cœur : Du linalol, un bois de Hô ou bois de rose donnant un cœur assez floral à cet oriental boisé.
On commence à sentir plus nettement un côté coumarine que j’ai cru sentir dès le début.
De la fève tonka je pense et… peut-être du cèdre.

Viennent ensuite les notes de fond, les premières du moins…
En « presque » fond donc : Patchouli et absolue de sauge sclarée se disputent la vedette devant une discrète myrrhe.

En « fin » fond : Derrière la sclarée et la coumarine devenue finalement très présente je crois sentir encore du patchouli, de la myrrhe, du cèdre, peut-être une pointe de vétiver et un tout petit peu de vanille ? Sur touche, 24H plus tard c’est toujours très oriental, boisé et aromatique mais doux.

En tous cas je trouve ça vraiment très réussi et bien entendu il est original, surtout si on le compare aux parfums commerciaux de ces derniers mois ou années !

Ce ne sera peut-être pas du goût des amatrices de floraux aldéhydés à la mode, ni des amateurs de la dernière eau de toilette « sport » calone, hedione, stemone et pamplemousse mais … tant pis pour eux ! 😀

Et je ne dis pas ça parce qu’en plus il est très sympa mais bravo Dominique / AbdesSalaam, même si au départ j’ai eu un peu peur car il était un peu trop eau de cologne à mon nez et même si ce parfum sera probablement trop herbacé pour certain(e)s, je crois pouvoir affirmer que c’est un beau parfum !

Ninfeo mio edt chez Annick de Goutal

Enfin en vacances !   Ca me donne envie de parler d’une chose estivale et légère…

(Bonnes vacances à ceux qui en ont, et bon courage aux autres…)

Senti le même jour qu’Iris Nobile, Ninfeo mio est très frais avec un effet verdure acidulée qui peut paraître assez nature et je l’avais également trouvé assez réussi. Pour l’été j’aime ce genre de choses fraîches, acidulées et herbacées.

Il est plutôt bien fait, très « joli », cependant il y a tout de même de mon point de vue deux problèmes : un certain manque d’originalité (surtout que chez A. de Goutal on en est quand même à 3 ou 4 eaux fraîches un peu du même style… étant donné qu’il y a aussi Eau du Sud et Eau d’Hadrien, voire Mandragore). Et en plus, bien entendu il y a pas mal de synthèse au milieu du naturel de cette vraie fausse verdure.

Au minimum il y a 3 matières synthétiques (et même franchement artificielles pour deux d’entre elles) :

Stemone (artificielle) pour le côté figuier, une odeur verte vaguement acidulée, on a l’habitude de dire que c’est ce qui rappelle le plus la feuille de figuier, certains y sentent une tige de narcisse… Là on la sent clairement même si plusieurs autres matières utilisées peuvent en recréer certaines facettes (lentisque, citron, hédione…).

Hédione (synthétique et très rare dans la nature) justement, pour le côté discrètement jasmin, un peu aqueux et citrus adouci… c’est la matière « cellophane » comme le dit l’une des co-créatrices du parfum, une matière assez transparente et presque universellement appréciée, qui flatte presque toujours le parfum dans lequel on l’ajoute, elle sert d’emballage au bouquet. Je ne l’ai pas clairement sentie mais justement, son rôle est d’agrémenter l’ensemble sans se faire sentir en tant que telle. (Dans certains parfums ça sert surtout de cache misère… et à force d’en mettre partout on se retrouve avec l’effet hédione dans presque toute la parfumerie industrielle, contribuant à la rendre uniforme et monotone !)

Musc(s) (artificiel(s)), ces choses douces et proprettes dans le fond. Ces trucs qu’on sent dans un nombre incalculable de parfums artificiels mais également beaucoup dans les lessives car ils ont une tenue remarquable qui leur permet de s’accrocher durablement au linge…

Au final pour qui tolère la  synthèse ça fait un assez bon parfum rafraîchissant pour un été mais… oubliable !

Si vous voulez en savoir plus sur ce parfum je vous suggère cette intéressante interview.

Et concernant les figuiers en parfumerie, cet article.

Livraison de licornes !

Je viens de recevoir divers échantillons précieux d’un autre passionné créateur de parfums naturels, Dominique AKA AbdesSalam Attar qui n’en vends pas (et n’en utilise évidemment pas dans ses parfums) mais m’a fait l’honneur de me considérer comme un ami à qui il voulait le faire découvrir.

Licorne Porte Musc

Licorne ou porte-musc ? (Petit montage basé sur une photo de F. Spangenberg)

Pourquoi une licorne ?    Parce que j’ai reçu un tout petit échantillon de teinture diluée de musc, le véritable, celui du cerf  (dit aussi daim, ou chevrotain) porte-musc, l’animal mythique du monde des parfums, désormais protégé car en voie d’extinction mais dont la sécrétion odorante fut tellement utilisée par le passé.

Il existe donc encore, pourvu que ça dure !

Je l’ai senti grâce à cet envoi transalpin encore inespéré il y a 8 j de cela.
Selon AbdesSalaam Attar, que vous pouvez également lire en anglais ici, le musc était à l’origine récolté à terre en forêt sans tuer l’animal. C’est du moins ce qui semble avoir été rapporté par Marco Polo suite à son passage au Kashmir à l’occasion de son voyage sur la route de la soie. Les serviteurs du roi le récoltaient ainsi une fois par an et il était interdit de déranger les daims…

C’est plus tard que l’homme n’eut plus la sagesse de préserver l’animal.

La situation étant préoccupante pour ce dernier  il faut espérer qu’une solution soit trouvée pour restaurer et protéger une population convenable !

Puis qui sait, peut-être qu’un jour si finalement l’homme redevenait assez sage nous pourrions refaire comme jadis, ramasser le musc à terre en évitant de nuire aux animaux ?

Mais revenons-en à ce petit échantillon de teinture très diluée.

Comment le décrire… Tout d’abord l’odeur est faible, alors que le musc peut paraît-il être senti à un kilomètre, il est certain que ce que j’ai reçu est extrêmement dilué.

Ensuite, quand on le sent finalement en répétant l’application d’une petite touche de teinture, même à cette dilution je suis devant la cage des fauves ou à côté de l’enclos des chèvres, des boucs surtout… Même si c’est une sécrétion qui n’a en fait de fécal, l’odeur présente clairement des facettes urine fermentée et excréments caprins !

J’y retrouve des facettes fromage bleu comme celles du bois de  Oud, un roquefort boisé finalement assez fin. Mais il y a aussi des notes plus fécales et rugueuses, comme celles de la civette ou de la pierre d’Afrique tout en restant plus fines, plus cuir. Monsieur Musc fait dans le cracra classe, la puanteur distinguée.

Au finalement c’est certainement à mon nez la plus envoutante des odeurs de sécrétions animales que je connaisse (à priori dans ce domaine il ne manque à ma mémoire olfactive que l’ambre gris…). J’y trouve aussi furtivement une étrange odeur de poignée de casserole ou de poêle à frire surchauffée. Si, vous savez, ces manches en résine ou plastique je ne sais pas trop, quand ils chauffent de trop. (Edit 25/07 selon Dominique/AbdesSalaam il s’agit en fait du caoutchouc de certain de ses flacons… Il m’a promis une version plus concentrée et sans caoutchouc pour après Ramadan… Du coup j’en reparlerai peut-être !)

Définitivement, je trouve ce musc bien différent de tout ce que l’on qualifie de muscs végétaux ou de muscs synthétiques (les muscs blancs n’en parlons pas).

En revanche je trouve ça assez proche de plusieurs matières végétales ou animales que l’on a étrangement pas souvent tendance à décrire comme musquées, à savoir, Oud, civette et pierre d’Afrique (voir castoreum mais je le mettrais quand même un peu à part car je le trouve un peu moins fécal, vraiment cuir et plus viande et urine…)

Voici donc enregistrée dans ma mémoire olfactive l’odeur du musc véritable, en espérant évidemment que le musc d’AbdesSalaam soit bien issu du cerf/daim porte-musc et non pas contrefait à son insu… mais il semble qu’il soit allé lui-même le sentir sur place, il y a donc peu de chance qu’il ait pu être trompé.

Je vais donc revoir une peu ma copie car ma reconstitution d’après descriptions avait les accents trop propres et limite fruités d’un musc végétal qui va être remplacé par un musc animal beaucoup moins propre sur lui.

J’imagine que le résultat devrait déjà être assez réaliste mais je vais également y ajouter également une ou deux huiles essentielles boisées particulières car à bien analyser la chose je me rends compte que ce sont bien des facettes boisées voir herbacées qui donnent la délicatesse de la mélodie d’arrière plan de ce fameux musc.

A venir prochainement suite à la réception de ce même colis… l’expérience de l’ambre gris, une matière à peu près aussi légendaire !

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