L’aile ou la cuisse ?

De Funès et Coluche dans le film "L'aile ou la cuisse" de Claude Zidi

De Funès et Coluche dans le film "L'aile ou la cuisse" de Claude Zidi

La parfumerie moderne, ou tout l’art de ne pas dire…
ce que de toutes façons vous ne pouvez pas voir…

(Mais qui ferait faire cette tête à Louis De funès…)


« Si j’étais parfumeur, je mettrais tout dans le flacon et rien dans la présentation… et pour qu’il soit inimitable je voudrais qu’il coûte extrêmement cher »

Coco Chanel

Aujourd’hui, la valeur du contenu du flacon ne dépasse pas 10% de son prix dont la plus grande partie sert à payer la publicité… paix à votre âme Dame Chanel.


Que ceux qui attendaient le sujet annoncé depuis deux jours me pardonnent mais un article a doublé l’autre…

J’ai regardé tout à l’heure un reportage d’envoyé spécial diffusé le 3 février, intitulé « Parfum, les coulisses du succès ».

Ce court reportage (un peu moins de 24 minutes) est un très bel exemple de la langue de bois employée par les parfumeurs, toutes les petites déformations habituelles de la vérité concernant les matières premières y sont…

Ce qu’on y voit et entend est un peu triste mais en même temps, presque à s’étouffer de rire si on s’amuse à y relever les contradictions.

En préambule, présentation de Jean-Claude Ellena.

JC Ellena dans "Parfum, les coulisses du succès", Fr2, Envoyé spécial.

JC Ellena dans "Parfum, les coulisses du succès", Fr2, Envoyé spécial.

Je tiens à dire que j’ai une grande estime pour lui, je ne remets pas en cause la valeur globale de l’homme ni son talent !   Je déplore simplement un petit manque d’honnêteté intellectuelle dans les propos recueillis pour ce reportage…

C’est un brillant compositeur de parfums, fils de parfumeur et père de Céline Ellena, elle même nez qui publie le blog Chroniques Olfactives vers lequel vous pouvez trouver un lien ci-contre.

Je recommande la lecture du livre « Le Parfum » signé par lui, Collection « Que sais-je ? » aux Presses Universitaires de France.
Et vous recommande même de vous pencher sur certains de ses parfums, chez Hermès dont il est le nez exclusif depuis 2004 mais également chez L’Artisan Parfumeur ou plus ou moins chez lui, à savoir The Different Company sur Internet ou rue Ferdinand Duval à Paris.

Une fois dit tout le bien que j’en pense, il reste que je n’adhère pas à ce qu’il affirme ici. A sa décharge ce point de vue est celui de l’immense majorité des parfumeurs modernes qui ont cédé aux sirènes de la chimie depuis le début du 20ème siècle (appelons donc ça l’effet troupeau…).

De mon avis personnel, ce choix semble surtout avoir été dicté par la recherche de la facilité dans les approvisionnements et pour faire du nouveau facilement avec de nouvelles molécules mais surtout la quête du toujours plus …de profit !
Une tradition est ainsi née de l’impératif de préserver la belle image de cette industrie, de masquer sa perversion, celle de légitimer absolument le recours au synthétique par un argumentaire bien rôdé (mais discutable). Maintenir le « mythe de Grasse » que JC Ellena semblait évoquer avec une pointe de nostalgie dans l’ouvrage cité plus haut.

Pour vous décrire un peu le contenu du reportage, on y trouve (en durées approximatives) :

-3 minutes d’introduction du sujet (Chez Sephora sur les Champs-Elysées en particulier… la marque est bien peu cachée.)
-1 minute pour nous dire que le n°5 de Chanel est basé sur le jasmin de Grasse alors que tout connaisseur sait que sa particularité est surtout d’avoir été le premier parfum fortement dosé en aldéhydes synthétiques !   On l’a pour cette raison pris comme l’archétype des parfums dits « Floraux aldéhydés ».
-6 minutes pour nous montrer la récolte/extraction du jasmin
-1 minute 30 pour présenter le talentueux Jean-Claude Ellena et dire qu’il faut de nombreux essais et matières pour créer un parfum. (Ca fait court je trouve…)
-1 minute 30 pour nous dire que le chimique c’est fantastique et que le naturel ne vaut rien (Innombrables possibilités du chimique et prix abordable, la nature fournirait finalement peu de matières, trop chères et c’est donc au final grâce à la chimie que la parfumerie est devenue un art… c’est elle qui est source d’originalité par la richesse de la largeur de palette qu’elle offre…)
Comme une réplique de film de Les nuls je dirais avec une intonation dissonante « J’y crois à mort ! »
Quand même, les acharnés ! Tant de méchancetés et d’ingratitude à l’égard de Dame Nature qui leur a toujours fourni leurs plus belles matières premières ! Et surtout tellement de contrevérités hypocrites en une minute trente, c’est impressionnant… Plus que JC Ellena qui a au moins son talent de nez et l’excuse de vouloir défendre son gagne-pain pour le pousser à arranger la réalité, ce sont les journalistes que je trouve lamentables d’avoir adhéré une fois de plus à la version officielle grotesque et mensongère du monde de la parfumerie (de synthèse).

On nous explique que l’originalité est importante et que le nez est de ce fait un « chasseur d’odeurs ».
Alors comme on vient de dire que la chimie est seule pourvoyeuse des nouveautés qui permettront à l’artiste nez de s’exprimer, on attend tout émoustillé de voir ces merveilles de technologie que sont les mélangeurs, réacteurs et autres évaporateurs où le pétrole entre et d’où les belles molécules à parfum sortent ! (Ca me rappel un peu le film « L’aile ou la cuisse »…)
On est excités donc, se disant qu’on va voir de belles cuves, de l’inox, du chromé, de l’aluminium, même peut-être du cuivre !

Et là c’est le drame !
Un crétin au goût douteux a dû penser que c’était plus joli de montrer des fruits alors on se retrouve à suivre notre JC au pays des mandarines, au lieu de le retrouver au cœur d’une belle usine chimique. Vraiment, il y en a qui ont perdu la notion des belles choses !

-3 minutes sur l’importance du choix des mandarines …pour son prochain parfum !
Ah bon ? Mais, des mandarines c’est original ?
A priori selon lui-même il y a des molécules vachement plus rigolotes mais bon, il en mettra sans doute un peu aussi pour égayer la mandarine ne vous inquiétez pas ! (Vous voici soulagé n’est-ce pas ?)

Enfin en même temps à la fin de ces 3 minutes là, il explique que la qualité des mandarines est très importante pour lui, qu’il peut orienter et composer son parfum en fonction de la qualité des mandarines.
Mince mais alors, moi qui croyais bien l’avoir entendu dire que la chimie donnait plus de nuances et de couleurs à sa palette… là j’ai du mal à suivre !

Je prends mon Que sais-je, « Le Parfum » par JC Ellena pour essayer de comprendre JC en lisant JC lui-même et là je vois (page 41) qu’il a réduit en 20 ans sa palette de 1000 à moins de 200 matières premières et que pour ses dix dernières créations sur trois ans, 130 matières ont en fait été utilisées. A la page suivante « Quoi qu’il en soit, si la qualité d’une matière peut contribuer à l’originalité d’une fragrance, un «beau» jasmin, une «belle» rose, une «belle» molécule de synthèse ne donne pas un beau parfum »

Page 88 il dit aussi « Aujourd’hui 60 matières premières font 80% de toutes les formules de la parfumerie ».

Du coup ça ne m’aide pas non plus à comprendre en quoi les milliers de molécules chimiques potentiellement utilisables sont une merveilleuse source de créativité. Pourquoi l’avoir même présentée à demi mots comme indispensable en disant que c’était grâce à la chimie que la parfumerie était devenue un art ? Il me faisait une blague c’est ça ?   Il me regarde par une caméra cachée dans ma télé ?   (Bon je suis gentil, je ne parle même pas du manque d’originalité créative qui lui est de plus en plus reproché… mais c’est un comble dans sa bouche cette histoire d’originalité par le chimique !)

Cher M Ellena, vous voulez vraiment nous perdre en route ou vous racontez des bêtises parce vous avez reniflé un peu trop fort vos mandarines en Italie ?

On vous pardonnera ce moment d’égarement parce qu’on vous aime bien mais quand même, n’abusez pas des mandarines !

-3 minutes glamour, on regrette encore de ne pas avoir vu plus de réacteurs chimiques mais on se console en regardant les belles boutiques, robes, actrices et mannequins qui permettent de vendre les parfums. Oui parce qu’on nous dit au passage que le marketing d’un parfum représenterait environ un quart du prix d’un flacon. (Quand on sait qu’il ne reste que 10% maximum pour les matières premières de nos jours, il doit donc rester largement de quoi payer les dividendes des actionnaires…)

-3 minutes enfin, les dernières, on retrouve notre cher Jean-Claude présenter le résultat aux deux décideurs de chez Hermès…

Là comme on l’aime toujours bien on se dit… pauvre Jean-Claude, toi qui t’es donné du mal ils te répondent « essai encore »… Promis, nous on ira les sentir (avec modération) tes mandarines et on espère qu’elles seront dans l’esprit que tu voulais leur donner, on aimerait même autant qu’elles ne correspondent pas trop à ce qu’attendait le sacro-saint « Marché » !

Pour ma part je te souhaite bonne route Monsieur J-C Ellena, plein de jolies créations à venir mais s’il te plaît, pas trop de synthétique !   Sachant d’où ça vient j’ai du mal à partager ton rêve !

Un exemple de ce que j’ai en tête ?

Héliotropine (=Piperonal) Jianzhong Nuclear Fuel Co., Ltd. (Chine)

Héliotropine (=Piperonal) de "Jianzhong Nuclear Fuel Co., Ltd." (Chine)

Ah le charme des compagnies chinoises du nucléaire et du pétrole !

Un dernier détail pour enfoncer le clou, s’il est dit dans le reportage que 20% des matériaux aromatiques d’un parfum sont naturels, certains avancent un chiffre encore bien pire, sur wikipedia par exemple : « De nos jours, ces molécules synthétiques représentent 98 % de la totalité des substances utilisées en parfumerie. » (Sans parler de l’alcool utilisé qui n’a plus grand chose de naturel non plus…)

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9 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Le Gnou
    Fév 08, 2011 @ 19:21:56

    Je te trouve un peu dur avec J-C Ellena, qui finalement était le moins « langue de bois » dans ce reportage. Il a dit qu’il ne faisait pas de différence de valeur entre MP naturelle et MP de synthèse, que seul le résultat compte. Cette déclaration est tout de même inhabituelle et honnête dans ce genre de reportage grand public, où les représentants de l’industrie du parfum ont tendance à mettre en avant les « belles » matières naturelles et à passer sous silence les molécules synthétiques.
    J-C Ellena a également dit que les MP synthétiques ont permis à la parfumerie de devenir un art (déclaration « gonflée » dans ce type de documentaire).
    C’est vrai que la synthèse a d’abord permis à la parfumerie de devenir une industrie et un commerce florissant. Je ne suis pas un spécialiste de la parfumerie pré-industrielle, celle du 18éme et du début du 19éme siècle ; mais il me semble que ce n’était pas une parfumerie très créative, où une poignée de formules éprouvées se transmettaient d’artisan- père en artisan-fils, au service des classes supérieures de la société.
    L’industrialisation et la « mercantilisation » de la parfumerie (accompagnées par le développement de la chimie) a amené une concurrence entre les maisons de parfum, qui pour se distinguer les unes des autres, ont du faire preuve de créativité. Je rejoins Ellena sur ce point, mais en considérant que les progrès de la chimie ont engendré l’industrialisation de la parfumerie, qui elle-même à engendré plus de créativité (d’art) dans la composition des parfums.
    D’ailleurs, tu cites Coco Chanel dans ton article, qui était la première à présenter son n°5 comme un parfum artificiel : « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c’est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé. »

    Réponse

  2. NezHerbes
    Fév 08, 2011 @ 20:57:27

    J’ai essayé de ne pas être trop dur… « un peu » peut-être mais ce n’est pas vraiment lui que je visais. Je pense qu’en plus il est sincèrement convaincu de ce qu’il dit, le problème est que c’est une rengaine, le fruit d’un vieux système de justification du recours à la synthèse qui ne tient pas vraiment la route.
    Je ne pense pas que tu puisses nier les contradictions que j’ai évoqué…
    Vanter la multiplication des molécules/en utiliser 130, vanter leur originalité, dire que l’art est né d’elles/aller chercher LA mandarine (du naturel donc) pour donner du caractère à son jus… Si ce n’est pas vouloir justifier la synthèse à tout prix.
    Il est vrai qu’il n’a pas caché le recours à la synthèse, c’est peut-être courageux, ou naïf, d’avoir pensé que le grand public accepterait sans broncher mais en même temps, où se fait-il filmer ? Au milieu des mandarines, pas devant un réacteur (à mon avis il préfère d’ailleurs les mandariniers et je le comprends un peu).
    Je te cite : « …les représentants de l’industrie du parfum ont tendance à mettre en avant les « belles » matières naturelles » et dans ce reportage ?
    6 minutes de jasmin, 1 minutes trente pour vanter la chimie (filmé dans un cadre de verdure) et 3 minutes de mandarines…

    Mais ce n’est pas nouveau en effet Roudnitska avait largement essayé de faire passer le même message et avant lui, je ne serais pas étonné qu’Ernest Beaux ait fait de même… à une époque ou de toutes façons tout ce qui venait de la chimie semblait merveilleux, presque magique. On avait pas encore eu trop de problèmes avec les molécules de synthèse, donc presque aucune méfiance…
    Tu as raison, Chanel n’avait rien contre le synthétique, c’était à cette même époque et elle disait tout de même que la valeur d’un parfum devrait être due à son contenu, pas à son contenant ! De nos jours, même le contenant ne vaut plus grand chose, la décoration en matières plastiques à remplacé l’argent et le cristal… Pourtant le flacon reste cher, il sert à payer du vent, de la parlote, de belles stars, de jolies photos et ceux qui passeront du temps à écrire une légende vantant à grand renfort de noms de fleurs et de bois l’origine merveilleuse d’un parfum à base de dérivés du pétrole…

    En effet en parfumerie on parle toujours en « notes » aux noms évoquant le naturel… y compris quand il n’en reste presque plus et que tout est synthétique. Les nouvelles molécules et bases elles-même prennent des noms souvent trompeurs.
    Alors oui, j’appelle ça de la langue de bois !

    On commence à trouver des parfums intéressants en 100% naturel et leurs prix ne sont pas prohibitifs, c’était donc un faux prétexte.

    Maintenant on fait une marge tendant vers le x100 de l’achat des matières au prix du flacon fini, il est vrai qu’en naturel on a du mal à dépasser le x10 pour le même prix, on serait même parfois trop cher en faisant du x2 mais en moyenne ça reste très faisable de garder un coefficient de x3 à x5 sur de nombreuses formules comportant des matières étiquetés « parfumerie de luxe »…

    Personnellement je ne doute pas que ça se développe largement dans les décennies à venir, la chimie peut bien vouloir faire barrage au moyen de directives IFRA absurdes comme on a déjà pu en voir, le « consommateur » n’est pas si …sommateur, il finira par savoir qu’on lui fait prendre des vessies pour des lanternes depuis longtemps déjà et il deviendra méfiant envers les parfums chimiques comme il l’est déjà envers les médicaments.

    S’il est certainement vrai que le synthétique a pu pousser un temps les parfumeurs à se dépasser et à innover, je pense que l’innovation de demain devrait se chercher côté naturel, il y a beaucoup à y faire et du tout aussi artistique !

    Réponse

  3. Le Gnou
    Fév 09, 2011 @ 18:23:56

    C’est vrai que le monde de la parfumerie n’est pas à une contradiction prés.

    C’est plutôt Jacques Polge de Chanel que j’ai trouvé un peu langue de bois quand il a affirmé que le n°5 n’avait pas été reformulé depuis 1921 (en sortant une vieille formule manuscrite du coffre fort de son labo). Il y quelques années, la maison Chanel avait affirmé avoir substitué la civette naturelle par un équivalent synthétique dans le n°5 alors qu’elle était l’objet d’attaque d’associations de défense de la cause animale.

    Quand à la parfumerie naturelle, elle a sans doute de l’avenir à cause de la demande du public pour des produits naturels, sains, voire bio. Mais là aussi, il faudrait connaître où se situe la frontière du naturel, les industriels des arômes et fragrances ont plus d’un tour dans leur sac. Par exemple de la vanilline produite « en usine » par des procédés biotechnologiques (fermentation contrôlée) peut-être étiqueté « arôme naturel » alors qu’aucune gousse de vanille n’a été nécessaire pour la produire !

    Réponse

  4. NezHerbes
    Fév 09, 2011 @ 21:37:52

    Elle aura surtout de l’avenir car il y a des gens (bizarres ? :D) qui tiennent à composer des parfums a base de naturel, par plaisir voire par besoin.
    Ceux qui s’efforcent de faire du naturel par souci de répondre à « une demande » font ça plutôt mal pour le moment… peut-être même d’autant plus qu’ils ont appris la parfumerie par le côté synthétique de la chose et que c’est très différent !

    Concernant, la frontière du naturel tu as bien raison, ça peut être flou. C’est le cas pour les arômes, pour les isolats également à mon avis, d’autant qu’à un moment donné la falsification est techniquement impossible à détecter.

    Mais c’est vrai pour beaucoup de chose je crois, il faut faire au mieux, en accord avec soi-même, la perfection n’étant pas de ce monde, même pas dans le naturel ! Encore moins dans la chimie ! (Oui, pas pu m’en empêcher ! :p)

    En tous cas je ne veux pas utiliser d’isolats et je ne fais que tolérer les arômes naturels, je n’ai effectivement pas une grande confiance en eux. Bien que je préfère du bois fermenté qui sent la fraise que du pétrole qui sent la fraise.

    Réponse

  5. Jeeks
    Fév 10, 2011 @ 08:55:20

    Je n’entends pas grand-chose à la chimie, ni même aux MP qu’elles soient de synthèse ou naturelles. Mais je sais qu’à choisir entre deux types de produits ma préférence va à ceux qui m’offrent une innocuité (relative peut-être…) . En matière de parfums, j’avoue que le sujet est délicat. Bien que les compositions de Nezherbes soient prometteuses, je n’ai pas encore trouvé une senteur qui me fasse l’effet d’un vieux Guerlain, d’un Chanel… Hélas. Mais j’ai bon espoir. (Il semblerait par exemple, que les derniers Giaccobetti chez Honoré des Près soient très réussis.)
    Pour ce qui est de l’utilisation massive de molécules de synthèse dans la parfumerie actuelle, elle me semble justifiée elle-aussi par l’utilisation massive de produits parfumés dans le monde. Raisonnablement, saurait-on offrir aux consommateurs de la planète une palette de parfums variés aux composants naturels?
    En outre, ce qui m’effraye un peu plus ce sont les ajouts de stabilisateurs, de DEP, et autres cochonneries dont on pourrait peut-être se passer?
    Pour ce qui est de l’IFRA, nul doute qu’ils appuyent sur les mauvais boutons….
    Nezherbes, saurez-vous nous faire oublier la chimie au profit du naturel? That ‘s the question!? Mais j’y crois ! ;o)

    Réponse

  6. NezHerbes
    Fév 10, 2011 @ 12:40:45

    Chère Jeeks, le naturel permet d’éviter les molécules inédites ou trop récentes aux effets inconnus ou mal connus… Cependant l’innocuité n’est pas garantie non plus par du naturel car toute molécule aromatique diffuse très facilement dans l’organisme et produit généralement des effets divers pouvant aller jusqu’à modifier les fonctions hormonales.

    Quelle que soit sa qualité mais plus encore s’il est synthétique, je pense qu’un parfum ne devrait être appliqué sur la peau qu’à titre exceptionnel. La tenue est de toute façon bien meilleure sur les cheveux ou un textile.
    « Prometteuse » c’est déjà bien car de toutes façons vous n’en avez senti que 4 dont deux pensées pour homme et une troisième qui comportait une note induisant chez vous un complet rejet 🙂 En plus pour deux sur 4 ce n’était que des essais, des prototypes, pas des choses finies. Rien n’était évidemment à vendre et c’était envoyé pour nourrir votre curiosité de mes choses naturelles mais sans aucun espoir que vous y trouveriez le parfum de vos rêve.
    Il va falloir patienter un peu mais j’ai noté comme une attente donc une autre fois je ferai une sélection de choses que je pense susceptibles de vous plaire et nous verrons bien …qui sait ? 😀

    Au sujet du besoin massif de choses parfumées, en effet, la nature n’y suffirait certainement pas, surtout si on inclut la parfumerie fonctionnelle (parfums d’ambiance, lessives et autres produits ménagers… ) et les arômes alimentaires.
    La vraie question est… avons-nous besoin de tout ce brouhaha olfactif avec ses odeurs criardes que l’on sent partout jusqu’à l’écœurement ?
    A-t-on besoin de produits industriels sans goût auxquels on ajoute artificiellement un goût synthétique ?
    Concernant le DEP vous n’avez pas tort (mais ce n’est pas le pire). Ce qui est le plus regrettable et me conforte dans une certaine suspicion envers les industries de la chimie et du parfum, c’est sans doute de continuer à utiliser des molécules dont la nocivité est établie comme c’est le cas pour divers phtalates, les muscs synthétiques (voir http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/parfum-de-scandale.pdf) et ces chers BHA et BHT utilisés comme antioxydants. Quand on sait qu’en plus rien ne les rends réellement indispensables…
    (En parlant des industries de la chimie et du parfum, notez au passage qu’elles tendent à fusionner totalement, les nez sont désormais la plupart du temps des chimistes travaillant pour les fabriquant de produits chimiques, auxquels les parfumeurs achètent le produit qu’il vendront à leur marque…)

    Je ne cherche pas à vous faire oublier la chimie, je serais simplement heureux que chacun ait le choix en connaissance de cause, chimique ou naturel et pas du chimique vendu sous des noms de fleurs !

    Si je peux participer à vous faire aimer le naturel j’en serais heureux mais la parfumerie n’est pour l’instant pas mon métier et il n’est pas du tout dit que ça le devienne. Mais effectivement, il faudra voir ce que fait Mme Olivia Giaccobetti (Je sais que ça n’a pas grand chose à voir mais je trouve que c’est vraiment une très belle femme en plus …enfin c’est l’homme qui parle, encore un appel de la nature… :D).

    Réponse

  7. valdelia
    Fév 13, 2011 @ 18:36:52

    Messieurs Nez et Gnou, chère Jeeks, vous êtes passionnants à lire !
    (comment cela, Jeeks, Tôa tu as déjà senti des compositions de NezHerbes ??? Bouh, chuis dég ! hi hi hi )

    Cher Nez, je vous rejoins sur la beauté d’Olivia G., et pourtant je suis une femme ! Et je la trouve très talentueuse, qui plus est !

    J’ai regardé moi aussi ce fameux reportage, et j’avoue qu’il n’y avait rien de bien neuf à y découvrir.
    Un sujet un peu bateau, un peu « fourre-tout », avec certes de jolies images et une volonté de bien « vendre la came » actuelle tout en valorisant les métiers « anciens », éternel paradoxe de cette profession qui oscille entre modernité et tradition, à en perdre son fragile équilibre.

    Cependant, bien qu’ « éduquée » au chimique, -mes premières tentatives d’approche de la parfumerie naturelle ayant été très décevantes -, je n’ai pu m’empêcher de faire quelques bonds !!!

    Dire que la parfumerie est devenue un Art avec l’arrivée de la synthèse…damned !
    Quid des « vieux » Guerlain comme Jicky ou Après l’Ondée qui datent d’avant le chimique ( du moins ? ) et sont (étaient ?) de pures merveilles du patrimoine parfumesque ?
    Pur moi, c’est comme dire qu’on ne voit les vraies couleurs des tableaux que depuis l’invention de l’imprimante laser !!!

    Et surtout, le minuscule nombre de molécules de synthèse réellement utilisé expliquerait-il pourquoi depuis quelques années, les parfums ne sont que jus de fruits-sirop de fruits-jus de flotte plus ou moins dilués, sans doute correctement exécutés, mais sans âme, finalement…et sans avenir pour la plupart !

    Mais comme il est clairement dit dans le reportage, la parfumerie, c’est du business avant tout, et j’en viens à me demander si on ne passe pas plus de temps à choisir l’égérie, le flacon et la stratégie marketing qu’à choisir le parfum en lui-même !
    Impératifs par ci, impératifs par là, dates de sortie, coûts de production, volonté de contre-carrer la concurrence font qu’un nez doit de nos jours travailler vite, très vite, bien, aussi, si possible, et répondre à un cahier des charges avant de répondre à une inspiration.
    C’est bien triste…

    Et pourtant, je ne boude pas mon plaisir de sentir et porter un bon jus « chimique » (pardon, cher Nez!), sachant tout ce qui se cache derrière.
    Mais cela devient bien bien rare, en parfumerie sélective comme en niche.
    Une porte ouverte à un autre type de parfumerie ?

    Réponse

    • NezHerbes
      Fév 14, 2011 @ 00:05:17

      Chère Valdelia,

      A long (et bon) commentaire (très) longue réponse… 🙂

      Ne soyez pas « deg » 😀
      Elle n’a pas encore senti grand chose, sur 4, deux n’étaient pas des choses finies… et votre tour viendra de toutes façons très bientôt !

      En fait concernant ma réaction et la votre sur cette histoire de chimie qui aurait fait apparaître l’Art en parfumerie je dois dire que quelque part, je comprends également que M Ellena ait pu dire ça.
      Je n’aurais jamais pu dire une chose pareille mais d’une certaine façon, ça a participé à l’évolution de la parfumerie vers plus d’abstraction et d’originalité.
      Personne ne peut réellement dire comment aurait évolué la parfumerie sans ça mais il est probable que son évolution aurait été plus lente.

      Cependant son affirmation ne me plaît pas pour plusieurs raisons.
      Tout d’abord, il semble que l’homme ait fait de longue date des compositions parfumées pour son simple plaisir et à partir de ce moment là, il me semble que c’est déjà de l’Art !

      Par ailleurs, il est parfaitement possible d’atteindre un résultat abstrait à partir de matières naturelles, à mon avis c’est ce à qui il faut s’efforcer de nos jours, retourner au naturel tout en essayant d’y adapter autant que possible les acquis de la parfumerie moderne.

      Quand à l’originalité et à la créativité, si la chimie a pu la favoriser un temps ça fait bien longtemps que ce n’est plus le cas !

      Comme vous le faites très justement remarquer, les création modernes sont rarement originales et elles manquent la plupart du temps de personnalité.
      Le nez doit de nos jours travailler à répondre à la demande du marché, pas celle de l’amateur de parfums racés et originaux, mais celle transmise par le service marketing de son employeur pour vendre le plus possible, celle qui plaira à tout le monde (ou presque !).

      Vous n’avez bien évidemment pas à me demander pardon d’aimer sentir et porter un « bon jus chimique » c’est moi qui me sent parfois honteux de jouer les rabat-joie en racontant ce qui me semble devoir être raconté.

      J’ai d’ailleurs (forcément) commencé à m’intéresser aux parfums la narine flattée par des mélanges comportant de la synthèse.
      C’est quand j’ai découvert la chimie organique, la biologie, les effets des molécules aromatiques et finalement l’origine réelle des parfums modernes que j’ai progressivement fini par me détourner totalement de ces créations que je juge désormais malhonnêtes.
      De plus, avec l’expérience mon nez est lui même devenu assez intolérant au synthétique, du moins aux molécules inédites dans la nature, pour celles qui reproduisent une molécule naturelle connue mon nez ne fait à priori pas plus la différence qu’un autre.
      Ce n’est pas délibéré, c’est juste une aversion, un dégoût acquis pour ce qui ne sent pas avant tout le naturel…
      Concernant les molécules qui ne sont que des copies de la nature, c’est ma méfiance envers l’industrie qui me pousse à préférer le naturel.
      La chimie produit aussi bien des plastiques utiles mais polluants, que des médicaments, parfois utiles et bons et parfois moins… Et toutes sortes de choses bien connues comme étant peu recommandables comme des pesticides et des armes de guerre…
      Un point commun ?
      Les services marketing nous ont toujours vendu ces créations de la chimie comme des innovations merveilleuses et indispensables !
      Elles ont parfois été utiles mais ont presque toujours fini par faire la preuve de leur dangerosité.

      C’est visiblement très personnel mais quand je vois les bidons jaunes de la photo ci-dessus, ça ne me donne pas envie de me parfumer avec des choses qui peuvent avoir une telle provenance !

      La porte est effectivement (entr)ouverte à un autre type de parfumerie, il suffit d’observer les parfums naturels voire « bio » (pas toujours bons je vous l’accorde volontiers) qui commencent à se multiplier.

      Dans l’histoire de la parfumerie, il est dit qu’en 1882, Houbigant crée son parfum « Fougère Royale » en intégrant pour la première fois dans sa composition, un produit synthétique.
      Selon M Turin (dans Parfums Le guide, 1992) « vivace et laiteuse odeur d’ombrelle vénéneuse que la parfumerie a choisi d’appeler du nom flatteur de « fougère » pour cacher son origine synthétique ».

      Je relisais ça pas plus tard que tout à l’heure et ça me conforte dans l’idée que la parfumerie moderne (depuis un gros siècle déjà) a tout fait pour masquer sa nature synthétique en sachant bien qu’une bonne part des consommateurs ne la suivrait pas sur ce terrain là.

      Par contre au risque de vous décevoir un peu, sachez que Jicky et Après l’Ondée sont au contraire des pionniers de la parfumerie de synthèse.
      Ils comportaient encore une large majorité de naturel mais Jicky intégrait pour l’une (la ?) première fois des molécules de vanilline, coumarine et linalol de synthèse. (Que la nature sait nous offrir dans vanille, fève de tonka et bois de hô…)
      Après l’ondée pour sa part intégrait des ionones de synthèse. (Les principaux producteurs d’ionones dans la nature sont la violette et son alpha ionone, l’iris et ses irones, puis l’osmanthus et sa beta ionone…)
      La parfumerie a laissé entrer la chimie dans ses compositions depuis plus longtemps que vous ne le pensiez.

      Du coup la question que je me pose est de savoir si la plupart des amateurs de parfums actuels ne sont pas trop conditionnés par l’habitude de la synthèse et déshabitués du naturel pour se prendre de passion pour ce qui serait pour moi de vrais beaux parfums… (L’avenir me le dira sans doute, nous verrons avec « CuirVal » pour commencer !)

      Et il faudra vraiment sentir les derniers Giaccobetti de chez Honoré des Près. (Sauf que dans ma province…)

      Réponse

  8. Rétrolien: Hors sujet IMPORTANT « Nez (né) dans les herbes

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